
La nourrice qui accueillit l'orphelin que les autres refusaient
حليمة السعدية
Halima, de la tribu des Banû Saʿd, fut la nourrice du Prophète ﷺ durant sa petite enfance. Selon la coutume, les Mecquois confiaient leurs nourrissons à des nourrices bédouines. Plusieurs refusèrent le petit Muhammad parce qu'il était orphelin — sans père pour les récompenser. Halima, pauvre et venue les mains vides, finit par le prendre. Et la bénédiction entra dans sa vie.
C'était l'usage à La Mecque : les nourrices bédouines venaient chercher des nourrissons à allaiter, contre rétribution, et les emmenaient grandir dans l'air pur du désert. Cette année-là, une terrible sécheresse frappait la tribu de Halima ; sa chamelle ne donnait plus de lait, et son propre bébé pleurait de faim.
À La Mecque, le petit Muhammad, orphelin de père, fut présenté à toutes les nourrices. Aucune ne voulut de lui : « Un orphelin ? Que pourra donner sa mère, ou son grand-père ? C'est du père qu'on espère une récompense. » Toutes les compagnes de Halima repartirent avec un enfant — sauf elle, arrivée trop tard, et trop pauvre pour qu'on lui confie un nourrisson de bonne famille.
Ne voulant pas rentrer les mains vides, Halima dit à son mari : « Par Allah, je vais retourner prendre cet orphelin. » Il répondit : « Fais-le. Peut-être qu'Allah nous bénira grâce à lui. »
Dès qu'elle le prit, dit-elle, ses seins se remplirent de lait, de quoi nourrir l'enfant et le sien à satiété. La chamelle, le soir, regorgeait de lait. Le voyage de retour, sa monture maigre dépassa toute la caravane. Sa terre aride reverdit. Halima comprit qu'une âme bénie lui avait été confiée. Plus tard, devenue âgée, elle revit l'enfant devenu Prophète : à sa vue, son visage rayonna et il s'écria « Ma mère ! Ma mère ! », étendit son manteau pour qu'elle s'y asseye, et l'honora.
L'histoire de Halima enseigne que la bénédiction se cache souvent là où les autres ne voient qu'un fardeau. Toutes virent un orphelin sans profit ; Halima reçut la miséricorde pour l'univers. Elle enseigne aussi la générosité envers le faible et l'orphelin : son mari l'avait pressenti — « peut-être qu'Allah nous bénira grâce à lui ». Accueillir le vulnérable, c'est ouvrir la porte à la grâce.