
Le second des deux Sahîh, l'imam de Nishapur (204–261 H / 819–875)
الإمام مسلم
Muslim ibn al-Hajjâj an-Naysâbûrî est, après al-Bukhârî, le plus grand des compilateurs de hadiths. Son recueil, le Sahîh Muslim, forme avec celui de Bukhârî « les deux Sahîh » — les deux références suprêmes du hadith authentique en islam sunnite. Disciple et admirateur de Bukhârî, il se distingua par une organisation remarquable : il regroupa en un seul endroit toutes les chaînes d'un même hadith, ce qui fait de son livre un outil précieux pour l'étude des transmissions.
Muslim naquit à Nishapur, grande ville de science du Khurâsân, dans une famille pieuse de la tribu arabe des Qushayr. Selon Ibn Kathîr, il vit le jour en 204 de l'hégire, l'année même où mourut l'imam ash-Shâfiʿî. Pris très jeune du goût du hadith, il voyagea à travers l'Irak, le Hedjaz, la Syrie et l'Égypte pour recueillir les traditions à la source, auprès des plus grands maîtres de son temps — parmi lesquels Ahmad ibn Hanbal et Ishâq ibn Râhawayh.
À Nishapur, il rencontra al-Bukhârî et fut si marqué par sa science qu'il lui resta attaché jusqu'à la fin. On rapporte qu'il vint à lui, l'embrassa entre les yeux et lui dit : « Laisse-moi baiser tes pieds, ô maître des maîtres, prince des traditionnistes, médecin du hadith dans ses défauts. » Lorsque éclata à Nishapur la querelle entre al-Bukhârî et le maître adh-Dhuhalî, Muslim prit ouvertement le parti de Bukhârî : il rassembla tout ce qu'il avait entendu d'adh-Dhuhalî, le lui renvoya, et cessa entièrement de rapporter de lui.
Il rassembla son Sahîh, comme il le dit lui-même, à partir de trois cent mille récits entendus. Sa particularité est célèbre : là où Bukhârî dispersait un même hadith à travers différents chapitres pour en tirer des règles, Muslim rassemblait en un seul lieu toutes les versions et toutes les chaînes d'un hadith, avec son texte. Ibn Kathîr précise toutefois que cette belle organisation n'égale pas la force des chaînes de Bukhârî.
Il forma des élèves de premier plan, dont at-Tirmidhî, qui rapporta de lui un hadith dans son Jâmiʿ. Il mourut à Nishapur, un dimanche soir, et fut enterré le lundi 25 Rajab 261 H / 875, âgé de 57 ans.
Muslim, comme son maître Bukhârî, montre que protéger la parole du Prophète ﷺ de ce qui est faux est une œuvre d'amour autant que de science. Sa méthode rappelle aussi une vertu du chercheur : la patience. On rapporte qu'il passa une nuit entière à retrouver un seul hadith, ne s'arrêtant qu'une fois qu'il l'eut trouvé.