
La femme qui empoisonna le Prophète ﷺ à Khaybar
زينب بنت الحارث
Après la bataille de Khaybar, Zaynab bint al-Hârith, une femme juive dont la famille avait péri dans le combat, offrit au Prophète ﷺ un agneau rôti empoisonné. Le Prophète ﷺ recracha la première bouchée, averti, dit le récit, par la viande elle-même ; mais un compagnon, Bishr ibn al-Barâʾ, en mourut.
À la prise de Khaybar, en l'an 7 de l'Hégire, les combats avaient coûté la vie au père, à l'oncle et au mari de Zaynab bint al-Hârith. Par vengeance, elle prépara un agneau rôti, après s'être renseignée sur le morceau préféré du Prophète ﷺ — l'épaule — qu'elle empoisonna plus fortement encore.
Elle offrit le plat. Le Prophète ﷺ en prit une bouchée mais ne l'avala pas et la recracha, disant que cette viande l'avait informé qu'elle était empoisonnée. Son compagnon Bishr ibn al-Barâʾ, lui, avait avalé sa part : il en mourut.
Interrogée, Zaynab avoua sans détour : « Tu as fait à mon peuple ce que tu as fait. Je me suis dit : s'il est un prophète, il en sera informé ; et s'il n'est qu'un roi, je débarrasserai les gens de lui. » Selon les hadiths, le Prophète ﷺ ne la punit pas pour ce qu'elle lui avait fait à lui. Mais quand Bishr mourut des suites du poison, les récits de Sîra rapportent qu'elle fut livrée aux proches de Bishr et mise à mort en application de la loi du talion (qisâs).
Les textes rapportent aussi que le Prophète ﷺ continua de ressentir les effets de ce poison jusqu'à la fin de sa vie. Aïcha rapporte qu'il évoquait encore, dans sa dernière maladie, la douleur de « la nourriture mangée à Khaybar » — ce qui fit dire aux musulmans qu'il mourut aussi en martyr.
Cet épisode montre deux choses. D'abord la clémence du Prophète ﷺ, qui ne se vengea pas du mal fait à sa propre personne. Ensuite, que le pardon personnel n'efface pas la justice due à autrui : la vie de Bishr appelait réparation. Il rappelle aussi la dignité du Prophète ﷺ dans l'épreuve, supportant les suites du poison sans amertume.