
Le garçon qu'on soupçonna d'être le Dajjâl
ابن صياد
À Médine vivait un jeune garçon, Ibn Sayyâd, aux comportements étranges, qui prétendait recevoir des visions. Certains compagnons, dont Omar, le soupçonnèrent d'être le Dajjâl (le faux messie annoncé pour la fin des temps). Le Prophète ﷺ l'observa à plusieurs reprises mais ne trancha jamais sur sa véritable nature.
Le Prophète ﷺ avait averti sa communauté de la venue, à la fin des temps, du Dajjâl — le « Messie trompeur ». Or, à Médine, vivait un garçon, Ibn Sayyâd, dont certains traits semblaient correspondre aux signes annoncés. Le Prophète ﷺ alla l'observer, accompagné de quelques compagnons.
Il le trouva jouant près des enfants. Le Prophète ﷺ lui demanda : « Témoignes-tu que je suis le Messager d'Allah ? » Le garçon esquiva et retourna la question. Le Prophète ﷺ l'éprouva alors : « Qu'est-ce que tu vois ? » Ibn Sayyâd donna une réponse confuse. Le Prophète ﷺ conclut : « Tu ne pourras dépasser ton rang. »
C'est là qu'Omar ibn al-Khattâb, convaincu, dit : « Ô Messager d'Allah, laisse-moi lui trancher le cou ! » Le Prophète ﷺ répondit par ces mots restés célèbres : « S'il est celui-là (le Dajjâl), tu ne pourras pas le tuer ; et s'il ne l'est pas, le tuer ne te servira à rien. »
Le Prophète ﷺ revint l'observer une autre fois, se cachant derrière des troncs de palmiers pour l'entendre — mais la mère du garçon le repéra et l'avertit, et l'occasion fut perdue. Jamais le Prophète ﷺ ne déclara avec certitude qu'Ibn Sayyâd était le Dajjâl. Devenu adulte, Ibn Sayyâd se serait repenti et fait musulman ; il disparut lors de la bataille d'al-Harra.
Ibn Sayyâd enseigne la retenue devant l'incertain. Le Prophète ﷺ, qui aurait pu trancher d'un mot, s'est abstenu faute de certitude révélée — et a empêché qu'on verse le sang sur un simple soupçon. C'est une leçon contre la précipitation : on ne condamne pas, on ne tue pas, sur des indices troublants mais incomplets. Le doute commande la prudence, non l'action.